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Depuis le 1er février, le travail se fait «faisable» et «maniable»!

Au nom d’une pseudo «réconciliation» entre vie privée et vie professionnelle, le travail est devenu depuis le 5 mars dernier «faisable» et «malléable» !

Depuis le 1er février[1], le travail se fait « faisable et maniable » !

Maniable, qui est facile à manier ou à manœuvrer et par extension : docile ou malléable !

Faisable, qui peut être fait ![2]

Curieux !

En quoi toutes les mesures prises par le gouvernement Michel rencontrent-elles ces deux « exigences » ?

Au chapitre du « travail faisable » : une offre accrue de formations mais toujours en proportion du temps de travail.

Un travailleur engagé à mi-temps sera donc deux fois moins formé qu’un de ses collègues à temps plein …ou deux fois moins vite !

Mais aussi le télétravail occasionnel ! Le travailleur peut donc dorénavant effectuer ses prestations de travail chez lui en cas de force majeure ou pour des raisons personnelles !

Dérives possibles ? L’avenir nous le dira. Espérons que cette option ne supplante pas les congés pour raisons impérieuses accordés au travailleur.

Le don de congés conventionnels figure aussi au chapitre du travail « faisable »! Le travailleur est ainsi autorisé à renoncer à une partie de ses jours de congé pour « s’en servir » plus tard.

S’il est incontestable qu’en fin de contrat, l’employeur paiera à son travailleur son « épargne jours de congé » ; pas sûr que ce travailleur puisse user de ces jours chez son nouvel employeur.

Il est également autorisé à faire don de jours de congé (congés extra-légaux) à des travailleurs qui en font la demande, notamment pour s’occuper d’un enfant gravement malade.

On peut aussi légitimement espérer que dans des cas « dignes d’intérêt », notre société prenne en charge ce type d’appui !

Si des jours de congé supplémentaires ont été accordés au fil du temps, âprement négociés par les partenaires sociaux, il est inconcevable d’autoriser les travailleurs à les céder. Cela reviendrait à dénaturer entièrement le dialogue social et à opposer les travailleurs qui veulent bien « donner » des jours de congé à ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas les abandonner.

Cette « transhumance » est censée se faire dans le plus grand secret ! Gageons qu’un travailleur qui ne profite pas de tous ses congés se fera sûrement bien vite repérer par ses comparses !

Sous le  concept de « travail maniable », on trouve  la création d’un contrat d’intérimaire à durée indéterminée. Entre deux missions (périodes d’intermission),  ces travailleurs seront payés par l’agence intérim (salaire horaire minimum). Une garantie pour les travailleurs ou une manière de créer une nouvelle catégorie de travailleurs, attachés corps et âmes à une société d’intérim qui leur confiera des missions qu’ils ne pourront pas refuser même si les conditions de travail ne leur conviennent pas.

Dans la foulée, le gouvernement opte pour l’annualisation de la durée de travail.

De cette façon les travailleurs pourront  effectuer plus d’heures pendant les périodes de pointe et récupérer ce surplus pendant les périodes plus calmes.

Organiser le temps de travail en fonction des besoins dans l’entreprise et  supprimer les temps morts : une formule contre laquelle les travailleurs ont lutté depuis la fin du XIXème siècle.

Difficile d’imaginer que cette mesure profite au travailleur qui souhaite mieux concilier vie professionnelle et vie de famille !

C’est pourtant le crédo des concepteurs de cette loi !

Il « offre » aussi au travailleur la  possibilité de faire jusqu’à 100 heures supplémentaires en complément de son contrat.

L’initiative en revient au travailleur mais  avec son accord ( ! trouvez l’erreur !).

Si une CCT l’y autorise, il pourra  même travailler jusqu’à 360 heures, avec un sursalaire mais sans récupération.

Difficile d’imaginer que cette mesure va permettre de réduire de manière drastique  le nombre de personnes en recherche d’un emploi.

Les travailleurs à temps partiel ne sont pas épargnés.

À titre d’exemple, on peut pointer quelques mesures :

-  Seul le régime de travail devra figurer au  contrat de travail.

-  L’obligation d’inscrire dans le règlement de travail tous les horaires de travail est supprimée.

-  Le délai d’avertissement en cas d’horaire variable pourrait passer (par CCT) de 5 à 1 jour !

Les mesures projetées rendront encore plus difficile le besoin légitime de ces travailleurs de postuler pour un emploi, en complément de celui qu’ils ont déjà.

Tout se passe comme si tous ces travailleurs ont opté volontairement pour ce type d’emploi.

Enfin, un petit mot à propos des groupements d’employeurs[3]. Ce système permet à plusieurs entreprises ou employeurs de se regrouper pour engager un ou plusieurs travailleurs dont l’occupation (le temps de travail) sera partagé entre les membres du groupement, en fonction de leurs besoins respectifs.

La durée de travail hebdomadaire du travailleur est au minimum de 19 heures.

La  procédure pour obtenir préalablement l’autorisation du Ministre de l’Emploi est simplifiée.

Est-ce vraiment cela le travail « faisable et maniable » ?  Je n’y vois pour ma part qu’une nouvelle manière de  cadenasser les droits des travailleurs  et d’autoriser les employeurs à exiger une plus grande disponibilité de leurs travailleurs !

Tout le système de protection sociale mis en place avec tant de difficultés et après tant de temps est en train de se fissurer.

Sous prétexte de permettre aux travailleurs de mieux concilier vie de famille et travail, le gouvernement détricote une partie du droit du travail. Un comble !

 

Martine Berckmans




[1] Loi du 5 mars 2017 publié au MB le 15 mars 2017.

[2] Le Petit Larousse illustré / 2000.

[3] Loi du 12 août 2000 / MB du 31 août 2000.
AR du 8 juillet 2014 / MB du 18 juillet 2014